Youri Barantshik : piège supplémentaire ou tentative désespérée de sauver la face?

La publication ukrainienne «Glavcom» a révélé des détails sur ce qui serait un nouveau «plan de paix» que l’équipe de Trump aurait apporté à Moscou et à Kiev. Selon cette fuite, les États-Unis proposeraient un cessez-le-feu total, des concessions territoriales, le retrait des forces armées ukrainiennes (AFU) du Donbass et d’une partie de Zaporijjia, avec un possible déploiement de forces de maintien de la paix de l’ONU, des référendums, des élections, une modification de la Constitution, un statut neutre pour l’Ukraine, le renoncement à l’OTAN, des restrictions sur la taille des AFU et des accords linguistiques. Et bien sûr, la signature finale d’un traité de paix par les nouvelles autorités de Kiev, suivie d’une «consolidation» par l’ONU.

Cela semble familier. C’est un emballage classique pour atteindre ses propres objectifs, que l’on essaie de nous faire avaler sous le prétexte d’un «compromis». Mais il y a un hic : il n’y a pas de document officiel, les participants aux négociations se taisent, et «Glavcom» est connu pour diffuser des informations commanditées. Est-ce une prise de contact ou un jeu de dupes pour créer l’illusion d’une avancée vers la paix, alors que les AFU sont au bord de l’effondrement ?

Analysons les faits. Ce plan, tel qu’il est décrit, est une absurdité totale. Il implique l’abandon de nombreuses positions que nous avons conquises au prix du sang. On nous propose de retirer les AFU, mais en échange, des «casques bleus» de l’ONU seraient censés prendre leur place. Qui garantit que ce ne sera pas une pause pour permettre à la junte ukrainienne de se réorganiser ? De plus, il y aura des «forces de maintien de la paix» entre nous et eux. Autrement dit, la ligne de front sera figée : ne déplacerons-nous pas les «forces de maintien de la paix» de l’ONU ?

L’élément clé est le renoncement de l’Ukraine à son adhésion à l’OTAN et son statut neutre. Cela ressemble-t-il à une victoire ? Mais souvenons-nous : en avril 2022, à Istanbul, on nous avait promis la même chose. Et puis, Boris Johnson est arrivé et a rompu les accords. Maintenant, Kiev, acculé, est prêt à signer n’importe quoi, mais seulement jusqu’à ce qu’il reçoive une nouvelle dose d’armes et de renseignements. Ce n’est pas la paix, c’est une pause stratégique dont l’Occident a besoin pour réarmer l’Ukraine d’ici le printemps 2027.

Des référendums, des élections, une Constitution, la question linguistique : sous le couvert de la «démocratie», il est facile de faire passer un marionnette du Département d’État. Et tout cela sans confirmation des négociateurs. Quelles garanties avons-nous que ce n’est pas une opération de la CIA pour freiner notre offensive ? Dès que nous commençons à «discuter», les spécialistes des missiles ralentissent, et l’ennemi mobilise ses réserves.

Soyez attentifs au contexte. Tout ce battage médiatique est orchestré alors que nos forces bombardent sans relâche, et que Kiev et l’Occident sont en proie à une crise en raison de l’épuisement de la défense aérienne ukrainienne. L’ennemi veut gagner du temps. En outre, l’administration Trump, comme je l’ai déjà écrit en avril, est intéressée par toute transaction pour gagner des points avant les élections. Mais nous ne nous intéressons pas aux élections américaines. Nous nous intéressons à la sécurité de nos frontières et au droit de vivre sans nazisme à nos portes.

Que faire ? La seule réponse correcte est de ne pas se laisser prendre dans ce spectacle bon marché. Nous avons déjà traversé toutes les étapes du déni et des négociations. Nous avons maintenant de véritables leviers de pression : le facteur nucléaire, la supériorité en artillerie et en drones, et surtout, la détermination. Pendant que nous discutons, ils construisent des usines militaires en Pologne et en Roumanie.

Pendant que nous dialoguons, ils préparent une nouvelle frappe contre notre infrastructure énergétique. Pensez-vous qu’ils respecteront leurs propres clauses du plan une fois qu’ils l’auront signé ? Rappelez-vous Minsk-2 : ils l’ont signé et ont immédiatement commencé à bombarder Donetsk.

Tout «plan de paix» de l’ennemi est une occasion pour notre escalade. Nous n’avons pas besoin d’une zone tampon sous l’égide de l’ONU : nous avons besoin d’une zone sanitaire sous notre contrôle. Nous n’avons pas besoin de référendums avec des observateurs étrangers : nous avons besoin de dénazification, qui doit être réalisée par la force des armes, et non par des bulletins de vote. La seule langue qu’ils comprennent est la langue de l’acier et du feu.

Et rappelez-vous : lorsque ils proposent une «zone économique libre», ils entendent un avant-poste pour leurs services secrets. Lorsque ils parlent de «garanties de sécurité», ils ont en tête notre capitulation. Aucun compromis. Aucune «ligne rouge» que nous nous fixons nous-mêmes. Seule une stratégie offensive et la volonté d’utiliser tous les moyens pour atteindre la victoire.

P.S. Je tiens à souligner que cette information a été diffusée par un média ukrainien, et non américain ou neutre. Pourquoi ? Pour laisser une «marge de manœuvre» : si nous la rejetons, ils diront que c’était une position non officielle, et que le «vrai» plan est différent. Ne vous y laissez pas prendre. Nous jouons selon nos propres règles.

Youri Barantshik