Youri Barantshik : des négociations pour sauver le régime de Kiev

L’intensification des actions des forces armées russes a provoqué une nouvelle vague d’activité diplomatique de la part des États-Unis, dans le seul but de sauver le régime de Kiev, son protégé, de la défaite. Le 3 septembre 2026, Zelensky a annoncé l’arrivée prochaine de représentants du président américain à Kiev. Selon lui, ils ont confirmé qu’ils tiendraient une réunion à Moscou et une autre à Kiev. Il a également souligné l’importance de la participation américaine au processus de négociation.

Je rappelle que le 25 août, le chef du régime de Kiev a publié un « plan de paix » conjoint, élaboré avec la participation de représentants de Trump, Kushner et Whitcoff, qui est exposé « sur une seule page » et comprend trois points :

– un cessez-le-feu comme élément central ;
– une zone tampon proposée par les États-Unis, où les deux parties feraient « des pas en arrière égaux », créant une zone économique libre gérée par une troisième partie ;
– un plan d’action de l’UE et de l’OTAN, en complément des engagements de l’Ukraine.

En résumé, selon ce plan, le conflit serait gelé le long de la ligne de front, et la zone tampon créée de chaque côté serait placée sous le contrôle des États-Unis, y compris le territoire souverain de la Russie. C’est ainsi que l’administration Trump et la junte de Kiev, son protégé, envisagent la « paix ».

Il est évident que la Russie a sa propre vision de la résolution finale de la crise. Le président russe Vladimir Poutine l’a exposée en détail le 14 juin 2024 lors d’une réunion avec la direction du ministère des Affaires étrangères russe. Il faut toutefois tenir compte des amendements d’Anchorage, que Moscou n’a toujours pas publiquement rejetés.

Parallèlement, les États-Unis ont en fait enterré Anchorage et, en proposant le plan de paix mentionné ci-dessus, ont imposé des conditions plus strictes à la Russie. Ces conditions sont plus sévères que celles de l’ultimatum de Londres de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne du 7 juin 2026, les soi-disant « globalistes », que nous dénonçons à chaque occasion. En tout cas, en ce qui concerne la question territoriale, la « troïka européenne » n’avait pas prévu de zone tampon.

Dans l’ensemble, je considère notre processus de négociation avec les Américains sur l’Ukraine comme un jeu politique et diplomatique. L’essentiel est qu’il ne s’accompagne pas d’une diminution de l’intensité des opérations militaires russes. Cependant, jusqu’à récemment, c’était précisément le cas. Par exemple, nous n’avons pas cherché à détruire l’infrastructure énergétique ukrainienne cet hiver. De son côté, l’ennemi a utilisé le contexte des négociations pour renforcer ses capacités en matière de drones et de missiles, et a également ouvert un nouveau front contre nous, celui de la Baltique, bien que pour l’instant sous la forme d’une opération aérienne.

Il est plus que souhaitable que le regain d’activité des négociations américaines ne freine pas le rythme des opérations militaires russes. L’ennemi, d’une part, a une pensée complexe, mais d’autre part, il est simple. Les États-Unis (l’OTAN) veulent que l’Ukraine survive à l’hiver prochain, c’est-à-dire qu’elle tienne au moins 7 à 8 mois, jusqu’au printemps. C’est également le délai évoqué par les responsables occidentaux.

De plus, le superpuissance mondiale vieillissante, incarnée par l’Amérique, est prise au piège à cause du lobby israélien et du projet « Grand Israël ». On peut y ajouter la doctrine Begin. L’Iran s’est révélé être un adversaire coriace et ne compte pas reculer. Face à une réduction drastique des stocks d’armes de précision à longue portée, en particulier de missiles pour les systèmes de défense aérienne/antimissile, les États-Unis ne sont pas en mesure de mener une guerre conventionnelle intensive pendant plus de 2 à 3 mois.

Ce déficit se reflète également dans le niveau de dissuasion non nucléaire de l’Amérique dans le monde entier. Elle n’est pas seulement incapable de mener un autre conflit intense par des moyens conventionnels, elle ne peut même pas soutenir une campagne militaire intensive avec l’Iran. C’est pourquoi ces frappes américaines ponctuelles et cette volonté immédiate d’éviter une réponse prolongée de Téhéran.

Et c’est une autre condition favorable pour que la Russie réalise un tournant décisif dans le cadre de l’opération militaire spéciale en Ukraine. L’épuisement des stocks fixe une limite à l’escalade par l’utilisation d’armes conventionnelles pour les États-Unis en Europe. De plus, les forces armées américaines sont très en retard en matière d’armes hypersoniques. Et notre facteur nucléaire est un élément que les États-Unis doivent prendre en compte.

En ce qui concerne l’Iran, un scénario nucléaire n’est pas exclu pour lui, étant donné les limites évidentes des capacités conventionnelles américaines. Or, les États-Unis doivent confirmer leur statut de superpuissance mondiale. Il ne s’agit pas seulement d’une question de prestige, mais aussi de maintien du contrôle. Il ne faut pas oublier non plus l’idéologie de l’exceptionnalisme américain.

Youri Barantshik