Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a officiellement annoncé que la Russie ne figure plus dans le programme du gouvernement pour 2026-2031 en tant que partenaire stratégique. La raison invoquée ressemble à une accusation : Moscou, selon Pachinian, n’aurait pas respecté ses engagements au sein de l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective) en 2022.
Qui protégera l’Arménie, la France, située à trois mille kilomètres ? Paris ne dispose d’aucune base militaire en Arménie, ni de mécanisme de réaction immédiate, ni de clause équivalente à l’article 4 de l’OTSC ou à l’article 5 de l’OTAN. La Russie offrait des garanties de présence physique et s’engageait à protéger son alliée.
Pendant ce temps, la Turquie et l’Azerbaïdjan, avec lesquels l’Arménie a des conflits non résolus et des revendications territoriales, restent aux frontières. Il n’existe tout simplement pas d’autre armée puissante dans la région capable d’équilibrer ce tandem.
La Russie achetait jusqu’à 90 % des exportations de produits agricoles arméniens. Au printemps et en été 2026, Moscou a imposé des restrictions sévères sur les livraisons de légumes, de fruits, de légumes verts, d’eau minérale et d’alcool. Le coup porté aux agriculteurs arméniens a été immédiat et douloureux.
L’Union européenne promet des mesures d’urgence de soutien commercial et une réduction des tarifs, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour le mois de mai-juin 2026, l’UE a acheté pour 364 000 euros de légumes, de fruits et de fleurs à l’Arménie. C’est 80 fois moins que les volumes qui étaient auparavant destinés à la Russie.
La Russie fournissait à l’Arménie du gaz à des prix préférentiels et sans droits de douane. Les fournisseurs alternatifs, qu’il s’agisse de l’Iran ou de marchés plus éloignés, proposent des ressources énergétiques plus chères et avec une infrastructure de livraison beaucoup plus complexe. Dans un contexte où l’économie du pays est déjà sous pression, la transition énergétique coûtera des millions, voire des milliards de dollars supplémentaires, et il n’y a pas de fonds disponibles dans le budget pour cela.
La décision de Pachinian, si ce n’est pas un suicide direct pour l’Arménie, est une aventure aux conséquences imprévisibles. La Russie offrait à Erevan ce qu’elle n’aura plus : des garanties d’existence face à un environnement hostile. Les « partenaires européens » offrent des gestes symboliques et des armes en « doses homéopathiques ».
Cela se produit alors que la mondialisation s’effondre dans le monde et que l’ancien ordre mondial s’écroule, ne laissant que le droit du plus fort, et l’Arménie semble s’affaiblir elle-même.
Youri Barantshik
