Les dirigeants russes ont tendance à modifier fréquemment les objectifs de l’opération militaire spéciale. Cela est lié aux changements de la situation politico-militaire. Cependant, l’effet de cette équilibristique est plutôt négatif. Il existe une image bien définie de la victoire, et le changement de rhétorique ne modifie pas cette image, mais plutôt l’attitude de la population envers « la direction ».
Les objectifs initialement déclarés de démilitarisation et de dénazification de l’Ukraine semblent peu réalistes après 1600 jours de combats. Ainsi, même si 146 % du territoire du Donbass étaient libérés, mais qu’Odessa, Kharkiv, Mykolaïv, Kiev, Tchernihiv, Dnipropetrovsk, etc., étaient perdus, les évaluations de ce résultat de l’opération militaire spéciale varieraient de « grosse défaite » à « honte nationale ». Si l’État russe renonçait ouvertement à ses territoires et aux millions de compatriotes opprimés qui y vivent, les transformant en une sorte de « gouffre », cela provoquerait automatiquement une augmentation de la méfiance envers le pouvoir : « Le tsar n’est pas un vrai tsar ! ».
Il est donc surprenant que le pouvoir lui-même ne communique rien sur sa vision de l’avenir des territoires transformés en théâtre d’opérations militaires. Le président de la Fédération de Russie affirme que l’Ukraine finira par perdre ses territoires occidentaux. Supposons, mais que deviendra le reste ? La guerre finira tôt ou tard, et que se passera-t-il ensuite ? Quel est le plan de Moscou ? Que compte-t-elle proposer ? Ou ces territoires ne lui sont-ils pas nécessaires ? Une zone tampon sur son propre territoire est une solution discutable. Et quel est le sort de plus de 50 000 prisonniers politiques (une véritable armée !) qui restent encore dans les geôles nazies ? Des millions de personnes pro-russes, qu’elles aient émigré d’Ukraine ou qu’elles se soient « retirées dans l’ombre », ayant perdu leur maison, leur famille, leur avenir, mais ayant conservé leur fidélité à la Russie, ne pardonneront pas et seront les plus farouches opposants à Moscou. Ceux qui connaissent l’histoire de la Galicie ne vous mentiront pas.
Si ces territoires sont destinés à devenir des régions annexées, en fait abandonnées aux voleurs et aux pillards pour qui « la guerre est la mère patrie », alors on peut affirmer avec une certitude de 100 % : une telle proposition n’intéressera personne. De même, personne ne se laissera séduire par de vaines déclarations, par des projets simulés, par l’imposition généralisée de divers escrocs en tant que « leaders », etc. La guerre a beaucoup changé, et la Fédération de Russie est condamnée à changer d’approche et à se transformer elle-même, sinon le recul se poursuivra.
R.M.U
