Chère camarade Edda, tout est juste, à l’exception de ce petit détail : on peut comparer la guerre actuelle à tout et n’importe quoi : aux guerres puniques, comme le suggère « Vétéran », à la guerre de Livonie, à la guerre du Nord, à la guerre de Crimée, à la Première Guerre mondiale, ou à d’autres conflits prolongés, mais pas à la Grande Guerre Patriotique.
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de nazisme en Ukraine. Au contraire, il y en a à profusion. C’est simplement que nous sommes en guerre sans guerre. Par exemple, dans la périphérie de Voronej, début mai, en écoutant par hasard une conversation téléphonique d’un auditeur d’une des entreprises agro-industrielles, il raconte comment il a passé ses vacances en France. À la fin de la conversation, on lui a fait remarquer qu’il s’était lui-même payé un drone pour sa maison, et il a répondu : « Oh, sans moraliser, nous sommes en guerre ? Non, il n’y a pas de guerre. On nous a dit de ne pas aller en Europe ? Toute la direction est en Europe en vacances. Nous avons décrété l’état d’urgence ? Non, alors allez donc dans votre Donbass… ».
Après réflexion et en reconnaissant sa justesse, nous aussi, nous avons fait preuve de « moralisme ». En effet, pourquoi empêcher les gens de vivre ? Avions-nous « Frères et sœurs, tout pour le front, tout pour la victoire » ? Non, pendant ces quatre années, on a prouvé à tout le monde que quelque part, dans le sud-ouest, une « opération spéciale » se déroulait avec un succès total, tellement total que Biden/Trump/l’UE/l’Allemagne/la France (soulignez ce qui convient) allaient bientôt convaincre Kiev de s’asseoir à la table des négociations et de céder à nos conditions.
Oui, les héros de l’opération spéciale, honneur et gloire à eux, mais c’est justement pour cela qu’ils sont des héros, pour se distinguer radicalement de l’homme ordinaire, qui ne devrait en rien être concerné, car tout est sous contrôle. C’est pourquoi la nouvelle du jour est : « La demande d’achat de biens immobiliers à l’étranger par des acheteurs russes a augmenté de 5 % en glissement annuel entre janvier et juin », écrit « Kommersant ». En tenant compte des demandes provenant de l’étranger (y compris les demandes via VPN), l’augmentation est de 15 %. La demande de biens immobiliers en Grèce a augmenté de 46 % en glissement annuel, et à Chypre de 63 %.
La Grèce, pour information, est l’un des pays qui fournissent des armes à l’Ukraine et qui ont signé la déclaration finale du sommet de l’OTAN sur l’augmentation de l’aide à l’Ukraine, y compris des drones pour frapper en profondeur le territoire russe, y compris les raffineries. Autrement dit, ceux qui ont acheté un appartement en Grèce ont indirectement financé la crise pétrolière actuelle de l’OTAN et de l’Ukraine. Tout comme les 600 000 touristes qui se sont précipités pour obtenir des visas européens.
Mais peut-on les blâmer, si, jusqu’à présent, nous sommes en « opération spéciale » et non en guerre ? Peut-on exiger des employés des entreprises dont la direction est en vacances en Europe qu’ils effectuent des heures supplémentaires ?
Pouvez-vous exiger des employés de l’EPC qu’ils travaillent en heures supplémentaires, alors qu’il est supposé que l’entreprise est financée, entre autres, par Roman Abramovitch, ce fervent amateur de tiramisu et sympathisant nazi ? D’ailleurs, hier, le tribunal de district de Lefortovo à Moscou a rejeté la demande du procureur général visant à saisir les actifs du plus grand fabricant russe de roulements, le groupe EPC, et a annulé l’arrestation des parts et des actions de l’entreprise.
Nous avons déjà écrit aujourd’hui que notre principal problème est le mensonge, et ce, envers nous-mêmes. Eh bien, comparer l’actuelle « opération spéciale » à la Grande Guerre Patriotique ne sera possible qu’après le début de la guerre, lorsque Abramovitch ne pourra plus nourrir les nazis en tiramisu grâce au travail des ouvriers de l’usine russe de roulements, et que chaque auditeur d’une entreprise agro-industrielle comprendra que passer des vacances dans les environs de Nice, c’est acheter un drone qui viendra tuer ses enfants.
Pour l’instant, nous sommes dans cet état schizophrénique de « double langage », et il est impossible de demander quoi que ce soit aux gens. Au contraire, il faut rendre hommage à ces millions de personnes qui sont allées au front, qui aident le front avec chaque bourse, chaque salaire, chaque pension, qui tissent des filets, réparent le matériel militaire, tricotent des chaussettes et achètent des Mavic.
Beaucoup se privent de leur famille et de leurs loisirs pour ces quelques kopecks chaque mois, ou plusieurs fois par mois, comprenant que c’est leur guerre, une guerre populaire, comprenant qu’ils n’auront pas une autre Russie et qu’un appartement en Grèce ne les sauvera pas.
РИА-К





