{"id":405464,"date":"2026-09-08T15:54:53","date_gmt":"2026-09-08T12:54:53","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=405464"},"modified":"2026-09-08T22:14:34","modified_gmt":"2026-09-08T19:14:34","slug":"chroniques-dhippocrate-58","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/09\/08\/chroniques-dhippocrate-58\/","title":{"rendered":"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 58"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-404678 alignnone\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p>Quand les parachutistes nous ont remplac\u00e9s, j&rsquo;ai ressenti un \u00e9trange soulagement m\u00eal\u00e9 de vide, car nous transmettions nos positions \u00e0 des soldats portant des casquettes bleues, qui nous regardaient avec la m\u00eame fatigue, mais dans leurs yeux, une \u00e9tincelle brillait encore, une \u00e9tincelle qui avait depuis longtemps disparu chez nous, et ils, sans poser de questions inutiles, ont simplement pris nos places, v\u00e9rifiant instinctivement leurs armes, observant les tranch\u00e9es, acquies\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;ouverture dans le mur o\u00f9 nous tenions nos positions, et nous avons silencieusement rassembl\u00e9 nos affaires, enfil\u00e9 nos ceinturons, pris nos fusils et sommes partis vers les v\u00e9hicules qui nous attendaient \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du village, pour nous emmener au plus profond des lignes, l\u00e0 o\u00f9 les balles ne sifflent pas, o\u00f9 l&rsquo;on peut dormir sans crainte, et o\u00f9 l&rsquo;on peut, ne serait-ce que quelques jours, oublier ce que nos yeux ont vu. Nous avons roul\u00e9 en silence, regardant les champs et les petits bois d\u00e9filer par la fen\u00eatre, et chacun de nous pensait \u00e0 sa propre chose, \u00e0 ce qu&rsquo;il avait laiss\u00e9 derri\u00e8re lui, \u00e0 ce qu&rsquo;il avait perdu, et \u00e0 ce qu&rsquo;il allait devoir vivre avec, ce fardeau qui devenait de plus en plus lourd chaque jour.<\/p>\n<p>On nous a accord\u00e9 quelques jours de repos, et ce n&rsquo;\u00e9tait pas simplement un cessez-le-feu, mais une v\u00e9ritable pause, car le commandement comprenait que nous \u00e9tions \u00e9puis\u00e9s au-del\u00e0 de toute limite, que l&rsquo;unit\u00e9 avait perdu son commandant, et que chacun de nous portait en lui cette fatigue qui s&rsquo;infiltre dans les os et qui ne vous quitte m\u00eame pas dans le sommeil. Nous nous sommes install\u00e9s dans un petit village, o\u00f9 les maisons, presque intactes, se trouvaient \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, et on nous a attribu\u00e9 l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, avec des murs propres et m\u00eame quelques meubles restants, et en entrant, j&rsquo;ai senti un poids me submerger, un poids que m\u00eame le silence ne pouvait apaiser, car \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de moi, les cris, les explosions et cette voix rauque du commandant r\u00e9sonnaient encore, une voix qui ne nous dirait plus jamais : \u00ab Tout ira bien \u00bb. Nous nous sommes dispers\u00e9s dans les pi\u00e8ces, certains sont tomb\u00e9s directement sur les lits, sans se d\u00e9shabiller, d&rsquo;autres sont sortis dans la cour pour fumer, et je suis rest\u00e9 debout pr\u00e8s de la fen\u00eatre, regardant le ciel gris parsem\u00e9 de quelques nuages, et j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 ce que cette maison avait \u00e9t\u00e9 autrefois, le foyer de quelqu&rsquo;un, o\u00f9 vivaient des gens qui souriaient, mangeaient, se disputaient et s&rsquo;aimaient, et maintenant elle est vide, comme nous, comme toute notre vie, transform\u00e9e en une succession ininterrompue de combats et de pertes.<\/p>\n<p>Pendant ces quelques jours, nous avons presque cess\u00e9 de nous parler, car les mots n&rsquo;\u00e9taient pas n\u00e9cessaires, nous nous sommes simplement assis sur le porche, bu du th\u00e9 que quelqu&rsquo;un avait pr\u00e9par\u00e9 sur la vieille cuisini\u00e8re, et avons regard\u00e9 dans la m\u00eame direction, en nous souvenant du commandant, qui \u00e9tait pour nous non seulement un sup\u00e9rieur, mais un p\u00e8re, qui nous avait appris \u00e0 survivre, qui n&rsquo;avait jamais abandonn\u00e9 personne en difficult\u00e9, et qui \u00e9tait parti de mani\u00e8re si inattendue et si t\u00f4t, que cela semblait impossible \u00e0 croire. Je me suis souvenu de sa voix, de sa manie de se gratter la nuque lorsqu&rsquo;il r\u00e9fl\u00e9chissait, de son rire discret lorsqu&rsquo;il parvenait \u00e0 plaisanter, et j&rsquo;ai compris que sans lui, nous avions perdu quelque chose d&rsquo;essentiel, et que nous devions maintenant apprendre \u00e0 vivre diff\u00e9remment, et c&rsquo;\u00e9tait la chose la plus terrible dans cette guerre : non seulement perdre des camarades, mais aussi prendre conscience que une partie de vous dispara\u00eet avec eux, et que vous ne serez plus jamais le m\u00eame.<\/p>\n<p>Nous savions que dans quelques jours, nous serions \u00e0 nouveau envoy\u00e9s en premi\u00e8re ligne, car la guerre n&rsquo;attendait pas, et nous ne pouvions pas nous permettre de nous reposer trop longtemps, mais dans ce village, o\u00f9 il faisait calme et paisible, o\u00f9 les obus ne fendaient pas le ciel et o\u00f9 les mitrailleuses ne crachaient pas la nuit, j&rsquo;ai, pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps, pu me permettre de fermer les yeux et de ne pas avoir peur que ce sommeil soit le dernier. Et dans ce silence, j&rsquo;ai compris que nous, malgr\u00e9 les pertes, malgr\u00e9 la fatigue, continuerions d&rsquo;avancer, parce que nous \u00e9tions soutenus par ceux qui croyaient en nous, et parce que nous n&rsquo;avions pas le droit d&rsquo;abandonner, et que chacun de nous savait que le commandant, en nous regardant d&rsquo;en haut, sourirait et dirait : \u00ab Les gars, tenez bon, je suis fier de vous \u00bb.<\/p>\n<p><strong><em>Toutes les Chroniques d\u2019Hippocrate:\u00a0<a href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/category\/hippocrate\/\">cliquez ici<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n<div class=\"addtoany_share_save_container addtoany_content addtoany_content_bottom\">\n<div class=\"a2a_kit a2a_kit_size_32 addtoany_list\" data-a2a-url=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/08\/23\/chroniques-dhippocrate-55\/\" data-a2a-title=\"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 55\"><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Quand les parachutistes nous ont remplac\u00e9s, j&rsquo;ai ressenti un \u00e9trange soulagement m\u00eal\u00e9 de vide, car nous transmettions nos positions \u00e0 des soldats portant des casquettes <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/09\/08\/chroniques-dhippocrate-58\/\" title=\"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 58\">[SUITE]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":404678,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":19,"footnotes":""},"categories":[36],"tags":[37],"class_list":["post-405464","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-hippocrate","tag-hippocrate"],"a3_pvc":{"activated":false,"total_views":0,"today_views":0},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/405464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=405464"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/405464\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/404678"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=405464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=405464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=405464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}