{"id":405254,"date":"2026-08-13T19:25:33","date_gmt":"2026-08-13T16:25:33","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=405254"},"modified":"2026-08-13T19:25:33","modified_gmt":"2026-08-13T16:25:33","slug":"chroniques-dhippocrate-52","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/08\/13\/chroniques-dhippocrate-52\/","title":{"rendered":"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 52"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-404680\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cole s&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9e en quelque chose entre un h\u00f4pital, un centre de transit et simplement un endroit o\u00f9 se rassemblaient ceux qui avaient eu la chance de s&rsquo;\u00e9chapper de cet enfer, et chaque jour, chaque nuit, des v\u00e9hicules arrivaient charg\u00e9s de bless\u00e9s, de ceux qui pouvaient encore parler, et de ceux qui \u00e9taient port\u00e9s silencieusement, recouverts d&rsquo;une b\u00e2che. Je restais l\u00e0, aidant \u00e0 trier les bless\u00e9s, envoyant les plus graves \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de l&rsquo;arri\u00e8re, et ceux qui pouvaient encore tenir une arme, de nouveau sur le front, bien que je sois d\u00e9chir\u00e9 par la conscience que j&rsquo;envoyais beaucoup d&rsquo;entre eux \u00e0 une mort certaine. Chaque soir, je sortais sur le porche de l&rsquo;\u00e9cole, regardais vers ce champ ouvert o\u00f9 se trouvait le village maudit, et \u00e9coutais le grondement de l&rsquo;artillerie, essayant de deviner o\u00f9 se trouvait Mitia, s&rsquo;il \u00e9tait vivant, s&rsquo;il tenait le coup, et chaque fois que les explosions devenaient particuli\u00e8rement intenses, je serrais les poings si fort que mes ongles s&rsquo;enfon\u00e7aient dans mes paumes, et je murmurais des jurons dirig\u00e9s vers le vide.<\/p>\n<p>Un soir, alors que j&rsquo;attendais presque plus de nouvelles, un gar\u00e7on de notre compagnie est arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, celui qui partait avec Mitia en reconnaissance, et je l&rsquo;ai reconnu \u00e0 son mitrailleuse cass\u00e9e et \u00e0 la boue qui avait s\u00e9ch\u00e9 sur son visage. Il a dit que Mitia \u00e9tait vivant, qu&rsquo;il commandait un groupe qui s&rsquo;\u00e9tait retranch\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du village, mais que les renforts ennemis avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s et qu&rsquo;ils \u00e9taient maintenant bombard\u00e9s par des mortiers toutes les demi-heures, et qu&rsquo;il y avait presque plus de communication avec le commandement, et qu&rsquo;ils tenaient bon uniquement gr\u00e2ce \u00e0 leur parole et aux restes de munitions. Il m&rsquo;a remis un mot de Mitia, une feuille de cahier d\u00e9chir\u00e9e, sur laquelle il y avait seulement quelques mots, mais ils me r\u00e9chauffaient plus que n&rsquo;importe quelle longue conversation : \u00ab\u00a0On est encore en vie, on tient bon, ne l\u00e2che pas, fr\u00e8re. Tiens bon aussi, toi. Quand je reviendrai, on boira du th\u00e9 dans cette \u00e9cole.\u00a0\u00bb J&rsquo;ai gliss\u00e9 ce mot sous mon gilet pare-balles.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les soldats d&rsquo;infanterie motoris\u00e9e, qui tentaient d&rsquo;assaulter ce village trois fois par jour, commen\u00e7aient \u00e0 subir des pertes, et je les voyais revenir, bris\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s, avec des yeux vides, et ils racontaient que ce champ de trois kilom\u00e8tres \u00e9tait devenu leur enfer personnel, car chaque m\u00e8tre \u00e9tait balay\u00e9 par des tirs, et il n&rsquo;y avait ni abri, ni tranch\u00e9e o\u00f9 se cacher, et ils avan\u00e7aient, accroupis, tombant, se relevant et retombant, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que quelqu&rsquo;un d&rsquo;entre eux atteigne le bord du village, pour \u00eatre imm\u00e9diatement fauch\u00e9 par une nouvelle salve de mitrailleuse. Je les \u00e9coutais et sentais grandir en moi une col\u00e8re sourde et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e face \u00e0 cette guerre, face au fait que des hommes \u00e9taient envoy\u00e9s \u00e0 une mort certaine sans soutien, sans une pr\u00e9paration d&rsquo;artillerie normale, et je comprenais qu&rsquo;ils ne pourraient pas prendre ce village si quelque chose ne changeait, si aucun renfort n&rsquo;arrivait ou si quelqu&rsquo;un ne r\u00e9alisait l&rsquo;impossible.<\/p>\n<p>Un matin, alors que j&rsquo;\u00e9tais assis dans le bureau et que je triais les m\u00e9dicaments restants, essayant de comprendre s&rsquo;il en resterait assez pour le prochain groupe de bless\u00e9s, j&rsquo;ai entendu un bruit familier \u00e0 la fen\u00eatre, un grondement sourd de moteurs, et quand j&rsquo;ai regard\u00e9 dehors, j&rsquo;ai vu une colonne de nos v\u00e9hicules qui avan\u00e7ait lentement mais s\u00fbrement vers ce village. Parmi eux, il y avait des chars, des v\u00e9hicules blind\u00e9s de transport de troupes et des pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie automitraill\u00e9es, et j&rsquo;ai compris que le commandement avait finalement pris la d\u00e9cision d&rsquo;envoyer des blind\u00e9s pour ouvrir la voie \u00e0 l&rsquo;infanterie, pour donner aux gar\u00e7ons une chance de franchir ces trois kilom\u00e8tres maudits. Mon c\u0153ur s&rsquo;est emball\u00e9, car je savais que si les v\u00e9hicules passaient, Mitia et son groupe pourraient tenir, mais s&rsquo;ils ne le faisaient pas, ils resteraient coup\u00e9s, et personne ne pourrait plus les aider. Je regardais les v\u00e9hicules s&rsquo;\u00e9loigner et ne pouvais pas d\u00e9tacher mon regard, et \u00e0 ce moment-l\u00e0, j&rsquo;ai compris que l&rsquo;espoir \u00e9tait la seule chose qui nous restait, lorsque tout le reste \u00e9tait perdu. Et j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 attendre, \u00e0 continuer \u00e0 travailler, \u00e0 continuer \u00e0 croire que ce jour-l\u00e0 nous porterait chance, et que Mitia reviendrait vivant, et que nous nous ass\u00e9rions \u00e0 nouveau sur le porche de l&rsquo;\u00e9cole, que nous allumions une cigarette et que nous nous disions l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre : \u00ab\u00a0Eh bien, fr\u00e8re, on a surv\u00e9cu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><em>Toutes les Chroniques d\u2019Hippocrate:\u00a0<a href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/category\/hippocrate\/\">cliquez ici<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">L&rsquo;\u00e9cole s&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9e en quelque chose entre un h\u00f4pital, un centre de transit et simplement un endroit o\u00f9 se rassemblaient ceux qui avaient eu la <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/08\/13\/chroniques-dhippocrate-52\/\" title=\"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 52\">[SUITE]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":404680,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":11,"footnotes":""},"categories":[36,2],"tags":[37],"class_list":["post-405254","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-hippocrate","category-chroniques-de-russie","tag-hippocrate"],"a3_pvc":{"activated":false,"total_views":0,"today_views":0},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/405254","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=405254"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/405254\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/404680"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=405254"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=405254"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=405254"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}