{"id":405253,"date":"2026-08-10T22:19:10","date_gmt":"2026-08-10T19:19:10","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=405253"},"modified":"2026-08-10T22:19:10","modified_gmt":"2026-08-10T19:19:10","slug":"chroniques-dhippocrate-51","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/08\/10\/chroniques-dhippocrate-51\/","title":{"rendered":"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 51"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-404678\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p>Quand l&rsquo;opportunit\u00e9 de quitter la position s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e, j&rsquo;ai ressenti une \u00e9trange, presque douloureuse, vacuit\u00e9 int\u00e9rieure, car je devais partir, tandis que Mitia et les autres restaient ici pour continuer, pour avancer dans cette zone d&rsquo;engagement dont le commandant avait parl\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en arri\u00e8re, dans cette petite ville o\u00f9 nous avions autrefois vu le grand-p\u00e8re avec son chien, o\u00f9 des inconnus nous regardaient sur le march\u00e9, et nous leur souriions en retour, sans savoir \u00e0 qui nous pouvions faire confiance et qui, dans quelques heures, transmettrait \u00e0 l&rsquo;ennemi les coordonn\u00e9es de nos positions. Je suis retourn\u00e9 au b\u00e2timent de l&rsquo;\u00e9cole, qui me semblait presque familier, bien que ses murs sentaient toujours la moisissure et le br\u00fbl\u00e9, que ses vitres \u00e9taient condamn\u00e9es avec du contreplaqu\u00e9, et que des douilles vides jonchaient les couloirs. J&rsquo;\u00e9tais tellement \u00e9puis\u00e9 que chaque pas \u00e9tait difficile, et quand je me suis affal\u00e9 sur le matelas familier dans l&rsquo;ancienne salle des professeurs, j&rsquo;ai simplement sombr\u00e9 dans un sommeil lourd et agit\u00e9, sans r\u00eave, me r\u00e9veillant seulement au son lointain d&rsquo;explosions.<\/p>\n<p>Les gar\u00e7ons sont partis plus loin, dans cette zone d&rsquo;engagement, et je savais qu&rsquo;ils allaient se diriger vers ce village que nous avions aper\u00e7u depuis la lisi\u00e8re de la for\u00eat, celui qui se trouvait dans une vall\u00e9e et qui semblait si calme et d\u00e9sert, mais nous savions que derri\u00e8re chaque fen\u00eatre, il pouvait y avoir une embuscade, et derri\u00e8re chaque cl\u00f4ture, une \u00e9quipe de mortiers. D\u00e8s le soir du jour suivant, les premi\u00e8res nouvelles ont commenc\u00e9 \u00e0 arriver \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, et elles \u00e9taient de plus en plus effrayantes, car certains de nos hommes \u00e9taient morts, d&rsquo;autres gravement bless\u00e9s, et en entendant ces bribes de conversations, je sentais mon c\u0153ur se serrer de peur pour Mitia, car il \u00e9tait l\u00e0, avec tous les autres, et je ne savais pas s&rsquo;il \u00e9tait vivant, s&rsquo;il \u00e9tait bless\u00e9, s&rsquo;il \u00e9tait peut-\u00eatre allong\u00e9 dans un crat\u00e8re, les yeux ouverts, tandis que moi, j&rsquo;\u00e9tais ici, dans une relative s\u00e9curit\u00e9, en train de boire de l&rsquo;eau d&rsquo;une bouteille et incapable de faire quoi que ce soit pour l&rsquo;aider. J&rsquo;ai appris des nouvelles de lui gr\u00e2ce \u00e0 des gar\u00e7ons qui sont revenus \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, qui est devenue un point de transit, d&rsquo;o\u00f9 nous envoyions les bless\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et pour l&rsquo;\u00e9vacuation, un endroit o\u00f9 les informations du front affluaient, et o\u00f9 quelqu&rsquo;un venait chaque heure pour souffler, pour recevoir de nouvelles munitions ou simplement pour nous dire ce qui se passait \u00ab\u00a0l\u00e0-haut\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai rencontr\u00e9 ces gar\u00e7ons dans le couloir, alors qu&rsquo;ils entraient dans le b\u00e2timent, haletants et s&rsquo;appuyant les uns sur les autres, et l&rsquo;un d&rsquo;eux, un jeune homme, avec un pansement sur l&rsquo;avant-bras qui avait \u00e9t\u00e9 transperc\u00e9 de part en part par un \u00e9clat, m&rsquo;a racont\u00e9 que Mitia \u00e9tait vivant, qu&rsquo;il \u00e9tait indemne et m\u00eame pas bless\u00e9, mais que les \u00ab\u00a0Ukrainiens\u00a0\u00bb avaient commenc\u00e9 \u00e0 bombarder syst\u00e9matiquement leurs positions avec de l&rsquo;artillerie, que les obus tombaient dens\u00e9ment, m\u00e9thodiquement, comme s&rsquo;il y avait un observateur qui voyait chaque mouvement de nos soldats. J&rsquo;ai pouss\u00e9 un soupir de soulagement tellement fort que ma t\u00eate a tourn\u00e9, mais aussit\u00f4t, une autre inqui\u00e9tude s&rsquo;est install\u00e9e en moi, car je savais que cela ne pouvait pas durer, et que chaque jour, chaque heure qui passait pouvait \u00eatre la derni\u00e8re pour l&rsquo;un d&rsquo;eux.<\/p>\n<p>Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 nous battre pour le village suivant, celui qui se trouvait au-del\u00e0 d&rsquo;un champ ouvert de trois kilom\u00e8tres, et je, debout devant la carte dans la salle de l&rsquo;\u00e9cole, essayais d&rsquo;imaginer ce que c&rsquo;\u00e9tait que de marcher sur un terrain parfaitement plat, sans aucun abri, sous les tirs ennemis, sous le feu des mortiers, et je comprenais que c&rsquo;\u00e9tait une v\u00e9ritable folie, et que chacun qui tentait de traverser ces trois kilom\u00e8tres risquait sa vie \u00e0 chaque seconde. Chaque soir, des soldats m\u00e9canis\u00e9s, sales, fatigu\u00e9s, avec des yeux vides, passaient devant nous, et ils nous racontaient qu&rsquo;ils avaient essay\u00e9 de prendre d&rsquo;assaut ce village trois fois par jour, mais que c&rsquo;\u00e9tait toujours un \u00e9chec, car ils \u00e9taient accueillis par un feu intense, et ils \u00e9taient oblig\u00e9s de reculer, laissant derri\u00e8re eux des morts et des bless\u00e9s, et je voyais leurs visages, et je voyais la m\u00eame d\u00e9sespoir que moi, lorsque je me trouvais dans le sous-sol et que je ne pouvais pas aider ceux qui mouraient entre mes mains. Ces trois kilom\u00e8tres de champ ouvert, cribl\u00e9s de balles, \u00e9taient devenus un obstacle insurmontable, et chaque soir, lorsque le soleil se couchait, je regardais dans cette direction et je priais pour que Mitia et les autres survivent jusqu&rsquo;au matin.<\/p>\n<p><strong><em>Toutes les Chroniques d\u2019Hippocrate:\u00a0<a href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/category\/hippocrate\/\">cliquez ici<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Quand l&rsquo;opportunit\u00e9 de quitter la position s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e, j&rsquo;ai ressenti une \u00e9trange, presque douloureuse, vacuit\u00e9 int\u00e9rieure, car je devais partir, tandis que Mitia et les <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/08\/10\/chroniques-dhippocrate-51\/\" title=\"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 51\">[SUITE]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":404678,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":12,"footnotes":""},"categories":[36,2],"tags":[37],"class_list":["post-405253","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-hippocrate","category-chroniques-de-russie","tag-hippocrate"],"a3_pvc":{"activated":false,"total_views":0,"today_views":0},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/405253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=405253"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/405253\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/404678"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=405253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=405253"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=405253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}