{"id":404944,"date":"2026-06-06T11:04:57","date_gmt":"2026-06-06T08:04:57","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=404944"},"modified":"2026-06-06T11:05:44","modified_gmt":"2026-06-06T08:05:44","slug":"chroniques-dhippocrate-42","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/06\/06\/chroniques-dhippocrate-42\/","title":{"rendered":"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 42"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-404678\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-1-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p>Apr\u00e8s que le combat s&rsquo;est calm\u00e9, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 rassembler les n\u00f4tres. Le commandant nous a envoy\u00e9s fouiller la plantation \u00e0 droite, l\u00e0 o\u00f9 les tirs avaient \u00e9t\u00e9 les plus denses le matin. L\u00e0, les n\u00f4tres avaient r\u00e9sist\u00e9 jusqu&rsquo;au bout, et trois gars avaient \u00e9t\u00e9 port\u00e9s disparus. Disparus, c&rsquo;est un mot terrible, qui signifie qu&rsquo;ils auraient pu \u00eatre en vie, mais sans communication, sans possibilit\u00e9 de sortir. Ou bien ils gisaient dans la boue, les yeux ouverts, et personne ne savait o\u00f9 exactement.<\/p>\n<p>Une demi-heure plus tard, Mitya m&rsquo;a appel\u00e9. Sa voix \u00e9tait \u00e9trange, \u00e9touff\u00e9e. Je me suis approch\u00e9 du bord du crat\u00e8re o\u00f9 il regardait. L\u00e0, au fond, gisait notre homme, tout jeune. Sanya Zouev, vingt ans, avec le pseudonyme \u00ab\u00a0Zou\u00ef\u00a0\u00bb. Il avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du combat, on l&rsquo;avait tra\u00een\u00e9 derri\u00e8re le parapet, band\u00e9. Et puis une mine \u00e9tait arriv\u00e9e, et il avait \u00e9t\u00e9 enseveli. Nous pensions qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait retir\u00e9 avec les autres. Mais il ne s&rsquo;\u00e9tait pas retir\u00e9. Il gisait dans ce crat\u00e8re, couvert de branches et de boue, et essayait de se bander lui-m\u00eame. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, gisait une trousse de secours d\u00e9chir\u00e9e, les pansements d\u00e9roul\u00e9s, imbib\u00e9s de sang, le paquet h\u00e9mostatique. Il n&rsquo;avait pas eu le temps. Ou n&rsquo;avait pas pu. La blessure \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;abdomen, profonde, par \u00e9clats.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai descendu, l&rsquo;ai retourn\u00e9. Le visage \u00e9tait serein, les yeux ferm\u00e9s, la poussi\u00e8re s\u00e9ch\u00e9e sur les l\u00e8vres. Les mains, encore chaudes, reposaient inertes sur la poitrine. Il \u00e9tait mort en silence, sans un cri, seul dans ce crat\u00e8re sale. Personne ne lui avait tenu la main, personne n&rsquo;avait dit les derniers mots. Il avait simplement cess\u00e9 de respirer, pendant que nous \u00e9tions \u00e0 deux pas, repoussant une attaque sur un autre flanc. J&rsquo;ai sorti de la tranch\u00e9e, me suis assis sur le sol, me suis serr\u00e9 la t\u00eate entre les mains. Mitya se tenait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, fumait, et ses l\u00e8vres tremblaient. Nous avons \u00e9t\u00e9 silencieux longtemps, ind\u00e9finiment longtemps. Puis j&rsquo;ai sorti la radio, appuy\u00e9 sur le bouton. \u00ab\u00a0Commandant, on a trouv\u00e9 Zou\u00ef. Il&#8230; il n&rsquo;est pas sorti.\u00a0\u00bb Dans la radio, il y a eu un cliquetis, un silence, puis le commandant a dit : \u00ab\u00a0Compris. Ramenez-le. On l&rsquo;enterrera apr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9pos\u00e9 Sanya sur la civi\u00e8re, et l&rsquo;avons tra\u00een\u00e9 vers la route. Il \u00e9tait l\u00e9ger, comme un enfant. Sous nos pieds, la boue glissait, quelque part au loin, on recommen\u00e7ait \u00e0 tirer, mais nous n&rsquo;y faisions plus attention. En chemin, nous sommes tomb\u00e9s sur le corps de celui que j&rsquo;avais abattu le matin. Il \u00e9tait toujours dans la m\u00eame position, les yeux ouverts. Je me suis arr\u00eat\u00e9, l&rsquo;ai regard\u00e9, puis j&rsquo;ai regard\u00e9 la civi\u00e8re, les mains de notre Sanya repli\u00e9es sur sa poitrine. Et j&rsquo;ai compris une chose simple et terrible : l\u00e0-bas, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, il y a aussi une m\u00e8re. Et elle aussi attendra. Et elle n&rsquo;attendra pas. Je ne savais pas quoi faire de cette connaissance. Elle ne s&#8217;emparait pas de mon esprit. Elle me br\u00fblait de l&rsquo;int\u00e9rieur. Nous sommes pass\u00e9s devant, le laissant gisant. Nous n&rsquo;avions plus la force ni de la haine ni du pardon. Il n&rsquo;y avait que la fatigue et l&rsquo;amertume.<\/p>\n<p>Quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 nous gardions \u00ab\u00a0la tablette\u00a0\u00bb, on nous attendait d\u00e9j\u00e0. On a d\u00e9pos\u00e9 Sanya dans la voiture, soigneusement, presque avec d\u00e9licatesse. Le chauffeur s&rsquo;est sign\u00e9. Le commandant s&rsquo;est approch\u00e9, a enlev\u00e9 son casque. Nous avons regard\u00e9 la voiture s&rsquo;\u00e9loigner, dispara\u00eetre dans la brume grise. Je me suis souvenu de ce que Sanya avait ri hier, racont\u00e9 des blagues, demand\u00e9 une cigarette. De ce qu&rsquo;il avait peur des chiens et aimait la cr\u00e8me glac\u00e9e. De ce qu&rsquo;il disait qu&rsquo;apr\u00e8s la guerre, il irait \u00e0 la mer. Maintenant, il irait chez lui dans un cercueil de zinc, et la mer ne lui serait d&rsquo;aucune utilit\u00e9. J&rsquo;ai tourn\u00e9 vers Mitya. Il se tenait, la t\u00eate baiss\u00e9e.<\/p>\n<p><strong><em>Toutes les Chroniques d\u2019Hippocrate:\u00a0<a href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/category\/hippocrate\/\">cliquez ici<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Apr\u00e8s que le combat s&rsquo;est calm\u00e9, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 rassembler les n\u00f4tres. Le commandant nous a envoy\u00e9s fouiller la plantation \u00e0 droite, l\u00e0 o\u00f9 <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/06\/06\/chroniques-dhippocrate-42\/\" title=\"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 42\">[SUITE]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":404678,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":11,"footnotes":""},"categories":[36,2],"tags":[37],"class_list":["post-404944","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-hippocrate","category-chroniques-de-russie","tag-hippocrate"],"a3_pvc":{"activated":false,"total_views":0,"today_views":0},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/404944","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=404944"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/404944\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/404678"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=404944"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=404944"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=404944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}