{"id":404744,"date":"2026-05-17T22:49:17","date_gmt":"2026-05-17T19:49:17","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=404744"},"modified":"2026-05-17T22:49:17","modified_gmt":"2026-05-17T19:49:17","slug":"chroniques-dhippocrate-41","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/05\/17\/chroniques-dhippocrate-41\/","title":{"rendered":"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 41"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-404679\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p>Le combat s&rsquo;est apais\u00e9 peu \u00e0 peu, comme un grondement qui s&rsquo;efface \u00e0 l&rsquo;horizon. Les tirs se sont rar\u00e9fi\u00e9s, puis se sont transform\u00e9s en quelques cliquets isol\u00e9s, et enfin se sont tus. Seuls le cr\u00e9pitement des engins en feu et les rares rafales d&rsquo;armes automatiques r\u00e9sonnaient au loin, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du village. Nous nous sommes accroupis derri\u00e8re un mur de pierre en ruine, pour reprendre notre souffle. Nos oreilles bourdonnaient, notre gorge \u00e9tait irrit\u00e9e par la fum\u00e9e de poudre. Mitya \u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9, adoss\u00e9 au mur, son arme pos\u00e9e sur ses genoux, son visage mouill\u00e9 de sueur et de poussi\u00e8re. Je regardai mes mains : elles tremblaient encore, mais moins fort. Le commandant ordonna : \u00ab\u00a0Inspectez les maisons, v\u00e9rifiez s&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&#8217;embuscades. Travaillez par paires, soyez prudents.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nos jambes nous faisaient mal, chaque pas \u00e9tait un effort, mais il fallait avancer. La cour dans laquelle nous \u00e9tions entr\u00e9s \u00e9tait jonch\u00e9e de copeaux, de tuiles bris\u00e9es, d&rsquo;\u00e9clats de meubles. Au milieu gisait un v\u00e9lo pour enfant, avec une roue tordue. Je m&rsquo;arr\u00eatai un instant en le regardant. Rose, avec des autocollants d\u00e9chir\u00e9s, une cha\u00eene rouill\u00e9e. Il devait \u00eatre l\u00e0 depuis le d\u00e9but de la guerre. Mitya me poussa le coude : \u00ab\u00a0Allons, ne t&rsquo;attarde pas.\u00a0\u00bb Nous avan\u00e7\u00e2mes. La porte \u00e9tait d\u00e9fonc\u00e9e, les gonds ne tenaient plus qu&rsquo;\u00e0 un seul boulon. L&rsquo;int\u00e9rieur sentait l&rsquo;humidit\u00e9, la moisissure et quelque chose de sucr\u00e9, comme des pommes pourries. La pi\u00e8ce \u00e9tait saccag\u00e9e. Un placard renvers\u00e9, de la vaisselle bris\u00e9e, des taches sombres sur les murs &#8211; soit de la poussi\u00e8re, soit du sang. Dans un coin se tenait une vieille \u00e9tag\u00e8re avec des livres. Les dos des livres \u00e9taient fissur\u00e9s, les pages d\u00e9chir\u00e9es. Je passai le doigt sur le dos d&rsquo;un volume. \u00ab\u00a0Le Don silencieux\u00a0\u00bb, \u00e9dition 1963.<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre pi\u00e8ce, la voix de Sergue\u00ef, un autre de nos combattants, nous parvint : \u00ab\u00a0Les gars, venez ici.\u00a0\u00bb Nous franch\u00eemes le seuil. Sergue\u00ef se tenait au milieu de la chambre, tenant quelque chose de petit, envelopp\u00e9 dans un chiffon. Il d\u00e9roula l&rsquo;objet : c&rsquo;\u00e9tait une ic\u00f4ne. Pas la grande, celle de l&rsquo;\u00e9glise, mais une petite, port\u00e9e au cou. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, sur le sol, gisait un dessin d&rsquo;enfant. Simple, au crayon : une maison avec une chemin\u00e9e, le soleil, deux petits personnages &#8211; une m\u00e8re et un p\u00e8re. Sur le dessin, des lettres maladroites. Je regardai les visages de ces gens. Ils souriaient. Ils vivaient. Ils faisaient des projets. Et maintenant, leur maison \u00e9tait en ruines, leurs affaires \u00e9parpill\u00e9es par d&rsquo;autres soldats. Soudain, un g\u00e9missement sourd s&rsquo;\u00e9leva de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Je regardai par la fen\u00eatre. Pr\u00e8s de la cl\u00f4ture, le visage d&rsquo;un homme bless\u00e9 \u00e9tait enfoui dans la boue. Une \u00e9clat de m\u00e9tal sortait de sa jambe, et autour, une mare sombre. Il n&rsquo;avait ni arme, ni gilet pare-balles. Jeune, une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, avec une barbe clairsem\u00e9e. Il g\u00e9missait \u00e0 peine, comme un chaton. Nous \u00e9change\u00e2mes un regard avec Mitya. Nous n&rsquo;avions que notre propre aide, pour les n\u00f4tres. Mais laisser un homme mourir dans une mare de sang&#8230; Je soupirai, sortis un pin\u00e7on et sortis dans la cour. Il me vit, ferma les yeux et bredouilla quelque chose, probablement pour demander de ne pas le tuer. \u00ab\u00a0Tais-toi, merde\u00a0\u00bb, dis-je. Je lui passai le pin\u00e7on plus haut de la blessure. Il regardait de grands yeux et n&rsquo;y croyait pas. Puis il pleura. Silencieusement. Et je me sentis mieux. Non pas parce que j&rsquo;avais fait preuve de mis\u00e9ricorde, mais parce que dans cette guerre o\u00f9 les hommes tuaient les hommes, j&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 un homme.<\/p>\n<p>Une heure plus tard, la \u00ab\u00a0pilule\u00a0\u00bb arriva. Le bless\u00e9 fut emmen\u00e9. Nous nous ass\u00eemes sur les ruines, fum\u00e2mes et regard\u00e2mes le coucher du soleil. \u00ab\u00a0Tu sais, Latysh,\u00a0\u00bb dit Mityka, en regardant le ciel qui s&rsquo;assombrissait. \u00ab\u00a0Et pourtant, quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre attend aussi \u00e0 la maison. Et les m\u00e8res prient aussi.\u00a0\u00bb Je hochai la t\u00eate. Nous rest\u00e2mes silencieux. Puis nous part\u00eemes. Parce que la guerre n&rsquo;\u00e9tait pas finie. Et nous avions encore beaucoup \u00e0 faire, dont on se souviendrait avec horreur.<\/p>\n<p><strong><em>Toutes les Chroniques d\u2019Hippocrate:\u00a0<a href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/category\/hippocrate\/\">cliquez ici<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n<div class=\"addtoany_share_save_container addtoany_content addtoany_content_bottom\">\n<div class=\"a2a_kit a2a_kit_size_32 addtoany_list\" data-a2a-url=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2026\/04\/27\/chroniques-dhippocrate-39\/\" data-a2a-title=\"Chroniques d\u2019Hippocrate \u2013 39\"><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Le combat s&rsquo;est apais\u00e9 peu \u00e0 peu, comme un grondement qui s&rsquo;efface \u00e0 l&rsquo;horizon. 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