{"id":404660,"date":"2025-08-02T18:29:31","date_gmt":"2025-08-02T15:29:31","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=404660"},"modified":"2026-01-04T22:48:45","modified_gmt":"2026-01-04T19:48:45","slug":"chroniques-dhippocrate-05","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2025\/08\/02\/chroniques-dhippocrate-05\/","title":{"rendered":"Chroniques d&rsquo;hippocrate &#8211; 05"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-404679\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-2-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Chronique hebdomadaire du chef d&rsquo;une unit\u00e9 m\u00e9dicale russe en premi\u00e8re ligne<\/span><\/p>\n<p>V\u00e9cu : sous le feu<\/p>\n<p>Mes jambes sont devenues molles, comme si elles n&rsquo;\u00e9taient plus les miennes. Cette sensation de peur &#8211; collante, paralysante &#8211; s&rsquo;est intensifi\u00e9e. Je prenais conscience : j&rsquo;\u00e9tais au c\u0153ur de l&rsquo;enfer, dans un endroit o\u00f9 la mort n&rsquo;est pas une abstraction, mais un risque quotidien. Le grondement des explosions de mortier de la rue voisine s&rsquo;est intensifi\u00e9, se fondant en un bourdonnement continu, \u00e9touffant le cri d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et sauvage qui venait de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Les deux gars que je venais d&rsquo;aider dans cette maison d\u00e9labr\u00e9e s&rsquo;\u00e9taient effac\u00e9s de mon esprit. Je savais : je n&rsquo;avais plus rien \u00e0 faire pour eux maintenant, leur chance de survie d\u00e9pendait de la rapidit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vacuation vers le poste m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Et alors, on a commenc\u00e9 \u00e0 m&rsquo;amener litt\u00e9ralement de nouveaux bless\u00e9s, fra\u00eechement arriv\u00e9s. L&rsquo;un criait si fort et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment qu&rsquo;il semblait sur le point de rendre l&rsquo;\u00e2me. Mais la premi\u00e8re pens\u00e9e qui a travers\u00e9 mon cerveau comme une aiguille de glace n&rsquo;\u00e9tait pas pour lui. C&rsquo;\u00e9tait : et si un obus atterrissait sur cette maison o\u00f9 nous nous trouvions tous ? Une seconde d&rsquo;immobilit\u00e9, mais une \u00e9ternit\u00e9 en elle-m\u00eame. Un cri soudain d&rsquo;un des combattants : \u00ab\u00a0Latysch, qu&rsquo;est-ce que tu fais ?!\u00a0\u00bb &#8211; comme un coup de fouet. Je suis revenu. Ici. Maintenant.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fonc\u00e9 vers le cri. Sa cuisse \u00e9tait horriblement d\u00e9figur\u00e9e par des blessures de balle. L&rsquo;automatisme, affin\u00e9 par l&rsquo;entra\u00eenement, a fonctionn\u00e9 plus vite que ma pens\u00e9e : v\u00e9rification imm\u00e9diate du garrot. Il \u00e9tait bien plac\u00e9 &#8211; aussi haut que possible, aussi serr\u00e9 que possible. Le bless\u00e9, conscient, criait &#8211; donc il n&rsquo;\u00e9touffait pas, c&rsquo;\u00e9tait un bon signe. Rapide examen \u00e0 la recherche d&rsquo;autres blessures, palpation de la poitrine &#8211; tout \u00e9tait propre. Mes mains ont automatiquement cherch\u00e9 sa trousse individuelle. Tamponnage du canal de la plaie. Au moment de l&rsquo;administration de l&rsquo;h\u00e9mostatique, le combattant s&rsquo;est soudainement effondr\u00e9, perdant conscience. R\u00e9guli\u00e8rement, j&rsquo;ai allong\u00e9 son corps sur le c\u00f4t\u00e9 pour \u00e9viter qu&rsquo;il n&rsquo;avale sa langue. J&rsquo;ai termin\u00e9 le travail en lui appliquant un bandage serr\u00e9 sur toute la jambe. Moment d\u00e9cisif : j&rsquo;ai rel\u00e2ch\u00e9 le garrot. Miracle &#8211; le sang n&rsquo;a pas jailli, le bandage \u00e9tait sec. Soulagement &#8211; et aussit\u00f4t la pens\u00e9e : il faut absolument le cacher et l&rsquo;\u00e9vacuer avec les deux autres.<\/p>\n<p>Mais la r\u00e9alit\u00e9 a frapp\u00e9 comme un coup terrible. Deux autres bless\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 introduits dans la pi\u00e8ce. Mon c\u0153ur a chut\u00e9. Il \u00e9tait clair qu&rsquo;on ne pourrait pas tous les sortir d&rsquo;ici en m\u00eame temps. L&rsquo;un des nouveaux \u00e9tait inconscient. Instinctivement, ignorant l&rsquo;autre qui attendait, j&rsquo;ai fonc\u00e9 vers lui.<\/p>\n<p>Quelque chose en moi a sugg\u00e9r\u00e9 &#8211; peut-\u00eatre la m\u00eame volont\u00e9 sup\u00e9rieure &#8211; qu&rsquo;il \u00e9tait peut-\u00eatre le m\u00eame. Il \u00e9tait p\u00e2le comme la mort, commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 s&rsquo;\u00e9touffer &#8211; la langue lui bloquait la respiration. D&rsquo;un mouvement rapide, j&rsquo;ai mis sa position en s\u00e9curit\u00e9. Il a aval\u00e9 de l&rsquo;air avec avidit\u00e9. J&rsquo;ai saisi l&rsquo;ambu-bag &#8211; j&rsquo;ai commenc\u00e9 la ventilation. Et seulement alors, levant les yeux sur le deuxi\u00e8me combattant nouvellement arriv\u00e9 qui attendait patiemment de l&rsquo;aide, je l&rsquo;ai reconnu. C&rsquo;\u00e9tait mon camarade, avec qui j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 Moscou, qui avait suivi mes cours. Son regard \u00e9tait clair, bien que la douleur se lisait sur son visage.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Latysch, je m&rsquo;ai aid\u00e9 moi-m\u00eame, tout est sous contr\u00f4le, &#8211; a-t-il dit doucement, mais fermement. &#8211; Merci. Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas pour moi. Il y aura d&rsquo;autres gars bient\u00f4t&#8230; sois pr\u00eat.\u00a0\u00bb Ses mots, pleins de compr\u00e9hension et de soutien dans cet enfer, ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois un reproche et un ordre de se ressaisir. Pr\u00e9pare-toi. Le travail continue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Chronique hebdomadaire du chef d&rsquo;une unit\u00e9 m\u00e9dicale russe en premi\u00e8re ligne V\u00e9cu : sous le feu Mes jambes sont devenues molles, comme si elles n&rsquo;\u00e9taient <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2025\/08\/02\/chroniques-dhippocrate-05\/\" title=\"Chroniques d&rsquo;hippocrate &#8211; 05\">[SUITE]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":404679,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":10,"footnotes":""},"categories":[36,2],"tags":[37],"class_list":{"0":"post-404660","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-hippocrate","8":"category-chroniques-de-russie","9":"tag-hippocrate"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/404660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=404660"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/404660\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/404679"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=404660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=404660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=404660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}