{"id":404647,"date":"2025-11-08T18:30:40","date_gmt":"2025-11-08T15:30:40","guid":{"rendered":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/?p=404647"},"modified":"2026-01-04T22:54:19","modified_gmt":"2026-01-04T19:54:19","slug":"chroniques-dhippocrate-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2025\/11\/08\/chroniques-dhippocrate-18\/","title":{"rendered":"Chroniques d&rsquo;Hippocrate &#8211; 18"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-404680\" src=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3.webp\" alt=\"\" width=\"1360\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3.webp 1360w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3-300x169.webp 300w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3-1024x578.webp 1024w, https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/medic-3-768x434.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1360px) 100vw, 1360px\" \/><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Chronique hebdomadaire du chef d&rsquo;une unit\u00e9 m\u00e9dicale russe en premi\u00e8re ligne<\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs heures d&rsquo;un bruit infernal, qui faisait tinter les oreilles et glacer le sang, j&rsquo;ai tourn\u00e9 la t\u00eate, distinguant dans la p\u00e9nombre du bunker, \u00e9clair\u00e9 seulement par une mis\u00e9rable fente d&rsquo;entr\u00e9e, une silhouette famili\u00e8re. Mitya \u00e9tait assis sur le sol humide et glissant, envelopp\u00e9 dans sa veste. Il serrait ses longues jambes contre sa poitrine et s&rsquo;\u00e9tait endormi, la t\u00eate pos\u00e9e sur ses genoux. Il dormait d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9trange, enfantine, mais sur son visage, m\u00eame dans le sommeil, se lisait une expression de fatigue tendue. C&rsquo;\u00e9tait douloureux \u00e0 regarder.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai d&rsquo;abord ne pas compris ce qui n&rsquo;allait pas. Puis j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 : le bruit de l&rsquo;enfer, le grondement des obus et le cr\u00e9pitement d\u00e9chirant avaient cess\u00e9. D&rsquo;abord plus rarement, puis vers midi compl\u00e8tement. Mais ce silence n&rsquo;\u00e9tait pas la paix, ni un soulagement. C&rsquo;\u00e9tait un silence \u00e9pais, collant, sinistre. Il oppressait les tympans et faisait battre le c\u0153ur dans la gorge.<\/p>\n<p>\u00ab Mitya, r\u00e9veille-toi, je vais aller voir le commandant \u00bb, ai-je dit d&rsquo;une voix rauque et forte dans ce silence oppressant.<\/p>\n<p>Mitya a ouvert les yeux. Ils \u00e9taient rouges comme ceux d&rsquo;une b\u00eate traqu\u00e9e, et vides. Il n&rsquo;y avait ni question, ni surprise dans son regard, seulement une lourde fatigue, pouss\u00e9e \u00e0 son paroxysme.<\/p>\n<p>Il a simplement hoch\u00e9 la t\u00eate en silence, et dans ce hochement se lisait toute l&rsquo;impuissance de notre situation.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pris mon automatique, froid et glissant \u00e0 cause de l&rsquo;humidit\u00e9, et j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 monter prudemment les marches glissantes, mouill\u00e9es par la pluie et la boue. Je me tenais \u00e0 la paroi gluante et froide, craignant de glisser et de ne pas me rattraper, craignant d&rsquo;\u00eatre aussi sale que le pauvre Dimka.<\/p>\n<p>En haut, j&rsquo;ai tout de suite vu les gars. Ils se tenaient debout dans le foss\u00e9, ce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais fait de jour, et essayaient de voir ce qui se passait devant \u00e0 travers le tube du scout. Leurs visages \u00e9taient tendus, p\u00e2les.<\/p>\n<p>\u00ab Et bien ? \u00bb ai-je demand\u00e9, devinant d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u00ab Silence, on ne voit rien, c&rsquo;est pas clair \u00bb, a r\u00e9pondu le combattant, sans quitter son oculaire.<\/p>\n<p>\u00ab Et le groupe de renforts ? \u00bb ai-je \u00e0 peine r\u00e9ussi \u00e0 demander.<\/p>\n<p>Un des combattants, sans me regarder, a simplement hauss\u00e9 les \u00e9paules. Ce geste valait mille mots. Le silence. Le silence radio. L&rsquo;absence de toute trace. Ils avaient simplement disparu.<\/p>\n<p>Je suis all\u00e9 chercher le commandant, en frayant mon chemin dans le bunker inond\u00e9. Mes jambes s&rsquo;enfon\u00e7aient dans la boue gluante et noire. Apr\u00e8s quelques minutes, je l&rsquo;ai trouv\u00e9 dans un autre bunker. Il \u00e9tait assis sur une caisse de munitions, son visage dans la p\u00e9nombre semblant sculpt\u00e9 dans la pierre grise.<\/p>\n<p>\u00ab Commandant, j&rsquo;ai des m\u00e9dicaments pour les gars, qu&rsquo;ils ont dans le bunker \u00bb, ai-je commenc\u00e9 sans pr\u00e9ambule. \u00ab Le temps est horrible, les blessures s&rsquo;infectent, la temp\u00e9rature&#8230; Il faut faire quelque chose \u00bb.<\/p>\n<p>Il a lev\u00e9 un regard fatigu\u00e9.<br \/>\n\u00ab Et toi, Latysh&#8230; je ne sais pas&#8230; \u2014 a-t-il murmur\u00e9. \u2014 Il n&rsquo;y a pas de contact avec eux. Il faut faire quelque chose. En face, putain, on ne voit rien, derri\u00e8re, putain, on ne voit rien&#8230; \u00bb Il a de nouveau lev\u00e9 les yeux vers moi, et j&rsquo;ai vu dans ses yeux la m\u00eame animale d\u00e9sesp\u00e9rance qui habitait la mienne. \u00ab Et les gars ? \u00bb<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, nous comprenions tous deux qu&rsquo;ils n&rsquo;allaient pas \u00ab plut\u00f4t bien \u00bb. Ils \u00e9taient bless\u00e9s, ils tremblaient, et avec chaque heure dans cette humidit\u00e9, leur \u00e9tat s&rsquo;aggravait. Il fallait les sortir d&rsquo;ici. Mais comment ? Et l\u00e0, il me sembla que j&rsquo;essayais de me mentir, non pas tant \u00e0 lui qu&rsquo;\u00e0 moi-m\u00eame.<br \/>\n\u00ab Oui, plus ou moins normal \u00bb, ai-je grogn\u00e9.<\/p>\n<p>Mais le commandant a senti ce mensonge. Il l&rsquo;a senti imm\u00e9diatement.<br \/>\n\u00ab Ne fais pas semblant, \u2014 a-t-il coup\u00e9 brusquement. \u2014 On va sortir les gars, alors pr\u00e9pare-les. On sortira ce soir dans la p\u00e9nombre. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Chronique hebdomadaire du chef d&rsquo;une unit\u00e9 m\u00e9dicale russe en premi\u00e8re ligne Apr\u00e8s plusieurs heures d&rsquo;un bruit infernal, qui faisait tinter les oreilles et glacer le <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/2025\/11\/08\/chroniques-dhippocrate-18\/\" title=\"Chroniques d&rsquo;Hippocrate &#8211; 18\">[SUITE]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":404680,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":12,"footnotes":""},"categories":[36,2],"tags":[37],"class_list":["post-404647","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-hippocrate","category-chroniques-de-russie","tag-hippocrate"],"a3_pvc":{"activated":false,"total_views":0,"today_views":0},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/404647","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=404647"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/404647\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/404680"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=404647"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=404647"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boriskarpov.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=404647"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}